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Mar 02

Journaliste, j’ai pris parti*

Manifestation du Parti de Gauche, le 21 février 2009 à Paris (Michel Soudais)

Manifestation du Parti de Gauche, le 21 février 2009 à Paris (Michel Soudais)

Depuis plusieurs semaines, je tourne autour de mon ordinateur. Comment le leur dire ? Comment dire, à vous lecteurs de Crochet Gauche, que j’ai adhéré au Parti de Gauche et que j’apporte ma pierre à sa construction.

Avec vous, dès mon arrivée à Rue89, j’ai joué carte sur table. Affiché mon engagement syndical et politique. Mentionné mon mandat de conseillère municipale à Colombes (Hauts-de-Seine) sur une liste d’union de la gauche conduite par le PS. Il m’était donc nécessaire d’annoncer cette nouvelle adhésion après un court passage (avril 2006-novembre 2008) au Parti socialiste.

J’aurais pu le faire subrepticement en allongeant ma fiche de présentation sur la colonne de gauche de ce blog. Cela aurait été un peu faux-cul. Finalement j’opte pour cette formule qui me permet de répondre à vos interrogations.

Pourquoi tout cela, diront certains. Pourquoi en effet faire connaître des engagements qui concernent la citoyenne que je suis ? Rien ne m’y oblige et je n’aurais pas pensé à le faire sans un incident qui remonte aux élections municipales.

Sans ce jour où, apprenant par une indiscrétion malveillante que j’étais 34e sur une liste à Colombes, mon employeur m’a dit que je ne pouvais plus prétendre à suivre l’UMP comme cela m’avait été promis. Le journal ne pouvait, m’a-t-on expliqué, s’exposer à des critiques sur l’objectivité de sa rubricarde.

Ma surprise a été d’autant plus grande que ce quotidien, où j’ai passé plus de 34 années de ma vie professionnelle, a compté et compte dans ses rangs moult journalistes, encartés ou pas, mais ostensiblement engagés politiquement et parfois élus. Je n’en citerai que deux. Pour le passé : Pierre Viansson-Ponté, conseiller municipal de Bazoches-sur-Guyonne (Yvelines). Et, en 2008, au moment des faits : Bruno Patino, président du Monde interactif, vice-président du groupe Le Monde, élu conseiller municipal sur une liste de droite et de centre-droit à Sceaux (Hauts-de-Seine). Croyez-moi la liste est longue. Et jamais cela n’a soulevé de problème.

Bien sûr, j’ai fait valoir cet argument ; il n’a pas été entendu. De même ai-je demandé que soit organisée une réflexion au sein du journal pour que la direction établisse avec les syndicats, en concertation avec la société des rédacteurs, une sorte de code de conduite.

Il m’apparaissait évident que le sujet valait débat et qu’il fallait l’étendre à tous les secteurs : aux rapports des journalistes médicaux avec les revues médicales et les laboratoires pharmaceutiques, des journalistes littéraires avec les maisons d’édition publiant leurs propres ouvrages, des journalistes suivant les syndicats ou la rubrique sociale et leur propre responsabilités syndicales, etc. Une fois ces règles fixées, je me serais pliée à la volonté commune.

Ma requête est restée lettre morte. Comme nous entrions dans une période difficile pour le journal -licenciements de 129 personnes–, j’ai estimé que l’urgence était ailleurs. Repris ma casquette de déléguée syndicale et mis toutes mes forces dans la bataille syndicale pour obtenir que ces licenciements autoritaires deviennent des départs strictement volontaires.

Nous avons gagné mais à l’issue de ce dernier combat je me suis rendue compte que l’histoire d’amour entre ce journal qui m’a beaucoup apporté et à qui j’ai tout donné était finie. Que ma vie était ailleurs.

C’est ainsi qu’aujourd’hui j’en viens à ouvrir cette discussion.

Peut-être pouvons-nous commencer par l’objectivité ? Car j’entends déjà certains d’entre vous s’étonner que l’on puisse être objectif en appartenant à un parti politique. Je le dis tout net : je ne crois pas à l’objectivité. Vivre est choisir et le choix est subjectif.

Un journaliste fait chaque jour des choix. En retenant tel sujet d’article plutôt qu’un autre parmi tous les évènements qui surgissent. En prenant le parti de le traiter sous forme de compte rendu, de reportage, d’enquête etc. Sans compter la place et la titraille qu’il lui consacre.

Je crois en revanche à l’honnêteté. Celle qui consiste à donner au lecteur le maximum d’informations afin qu’il se forge sa propre opinion. Qui s’efforce d’en discuter la véracité, de les mettre en perspective, de les critiquer. Ce journalisme se soucie moins de plaire que d’éclairer.

Enfin, soit dit en passant, je ne pense pas que le travail journalistique s’apprécie à l’aune de la possession ou non de la carte d’un parti. Combien de journalistes non encartés montrent chaque jour à quel point ils sont inféodés à leurs sources ?

 

*Article initialement publié sur Rue89, le 1er mars 2009.

 

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