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Nov 17

Sarkozy, joueur de bonneteau

L’interview de Nicolas Sarkozy hier soir sur trois chaînes de télé était, professionnellement parlant, un exercice convenu et faux à la fois. Il n’y a guère que dans notre pays où le Président convoque les journalistes, décide de l’heure et des sujets à aborder. Tout était fait pour montrer aux téléspectateurs un président au-dessus de la mêlée, s’occupant des sujets importants tandis que les journalistes et les commentateurs s’agitent un peu plus bas…



Sur le fond, que pouvait-il annoncer ? Rien de ce que l’on sait déjà. Dans un long bavardage un peu confus, le Président nous a appris qu’il avait changé de gouvernment pour ne pas changer de politique et sans changer les principaux ministres pour garantir la stabilité. Comprenne qui pourra. Devant les députés qui l’interrogeaient sur le sens du remaniement, François Fillon avait lui-même dévoilé dans l’après-midi le pot aux roses en parlant de la « renomination du gouvernement ». Le nouveau gouvernement s’inscrit bien dans la continuité du précédent et mènera la même politique.

Chacun a donc pu juger de la sincérité de Nicolas Sarkozy quand, interrogé sur les cinq mois de compétition qui avait précédé cette « renomination », le chef de l’Etat a refusé de parler d’un « long feuilleton », selon les mots employés par Michel Denisot. Ou quand il a refusé d’admettre que le gouvernement était marqué par le retour du RPR : « Ce n’est pas un gouvernement partisan, c’est un gouvernement resserré », a-t-il plaidé plusieurs fois. Avant de prétendre : « Naturellement, à partir du moment où il y a moins de ministres, il y a moins de représentants de toutes les formations politiques. Avec François Fillon, d’ailleurs, nous avons écarté du gouvernement plus de personnalités UMP que de toutes les autres formations. » Une affirmation  démentie par l’examen de l’origine partisane des ministres.

Composition de Fillon III

Comparaison de l’origine partisane des ministres des gouvernements Fillon II et Fillon III (Source: http://www.france-politique.fr)

Les chiffres sont éloquents: 90%  des ministres sont membres de l’UMP, 52% sont des anciens membres du RPR. Les autres affirmations de Nicolas Sarkozy sont à la mesure de ce déni de réalité. Je me contenterai d’en citer deux.

La réforme des retraites rapportera « 42 milliards d’euros par an », prétend-il, « le régime en 2020 sera excédentaire ». Même les sénateurs centristes ont mis en doute, début octobre, ce retour à l’équilibre à cette date… Quant à son affirmation selon laquelle on ne pourra pas revenir aux 60 ans et qu’il serait impossible de les payer sans sa réforme, le Parti de gauche, ses députés et les députés communistes ont déjà prouvé le contraire en déposant une proposition de loi que l’UMP n’a évidemment jamais voulu discuter. Vous pouvez prendre connaissance de ces propositions alternatives en consultant la brochure éditée par le PG.

Sur la réforme de la fiscalité qu’il envisage au printemps 2011, Nicolas Sarkozy s’est livré à un magistral exercice de bonneteau. Il a plusieurs fois  juré qu’« il n’y aura pas d’augmentation d’impôts ». Puis justifié l’existence du Bouclier fiscal, à ses yeux juste. Mais comme ce Bouclier fiscal est mal compris, il va le supprimer et supprimer aussi l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Pour faire bonne mesure. Et pour harmoniser notre fiscalité avec l’Allemagne et « éviter les délocalisations et la fuite des capitaux » (on n’avait pas noté que le pays d’Angela Merkel était la destination de prédilection des usines en partance et des fortunes qui se cherchent un asile, mais bon…). Faites le calcul : la suppression du Bouclier fiscal c’est 600 millions de plus dans les caisses de l’Etat ; la suppression de l’ISF c’est 4 milliards en moins. Bilan : plus de 3 milliards dans les poches des plus fortunés. Aussi, pour contrebalancer ce manque à gagner le chef de l’Etat a annoncé la création d’un impôt sur les revenus du patrimoine et les plus-values. Le problème c’est que ces impôts existent déjà. Va-t-il les augmenter ? A ce stade, il n’a rien dévoilé de concret. Mais la politique d’austérité et d’appauvrissement de l’Etat est confirmée : il n’y aura pas d’augmentation des recettes fiscales mais une diminution des dépenses publiques. Du FMI « expressis verbis », comme dirait le Président.

Je ne cite pas par hasard le FMI (Fonds monétaire international). Tout le monde aura noté qu’à chaque fois qu’il évoquait un aspect antisocial de sa politique, Nicolas Sarkozy se réclamait de Dominique Strauss-Kahn (« DSK était mon candidat au FMI. Je n’ai aucun problème pour travailler avec lui », a-t-il dit) ou de l’exemple d’un gouvernement social-démocrate quelque part en Europe. Que cette possibilité lui soit offerte est assez lamentable. Face à une social-démocratie européenne qui a oublié sa raison d’être, il est grand temps de relever le drapeau de la gauche.

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1 Commentaire

  1. Alexis Corbiere

    Merci et bravo pour cet excellent article.

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