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oct 21

Massacre du 17 octobre 1961 : que lumière soit faite

EPSON003Le 17 octobre 1961 eut lieu à Paris et dans sa proche banlieue ouest une répression et un massacre sans précédent à l’encontre d’Algériens, hommes, femmes, enfants. Un crime d’État sur lequel il est toujours impossible aujourd’hui de faire toute la lumière car les historiens n’ont pas accès aux archives de la préfecture de Police dirigée à l’époque le sinistre Maurice Papon.

Pendant très longtemps un épais voile a recouvert ce tragique événement. Il a fallu attendre 1991 pour qu’à la suite de la parution du livre de Jean-Luc Einaudi (La bataille de Paris) quelques journaux reviennent sur cette journée noire. Aux témoignages recueillis dans le livre, s’ajoutent d’autres témoignages parus à l’époque ou rassemblés depuis… Tous disent la même chose. Le 17 octobre 1961 « à partir de 18 heures, des milliers d’Algériens, en majorité des hommes mais aussi des femmes et des enfants, remplissent les métros ; les autobus, les trottoirs dans différents points de Paris. Plutôt contents de se retrouver, ils descendent en masse des bidonvilles et des entreprises de la région parisienne » (Politis,19 septembre 1991). La veille le FLN avait passé la consigne de manifester, pacifiquement, à Paris contre le décret du 6 octobre signé par Maurice Papon, imposant un couvre feu pour « les travailleurs algériens ». Ce décret précisait : « Il a été constaté que les attentats sont, la plupart du temps, le fait de groupes de trois ou autres hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police ».

Un peu partout dans Paris, sur les grands boulevards, dans la quartier latin, à la Concorde, à l’Étoile comme sur l’avenue de Neuilly, les milliers de manifestants défilent dans une ambiance bon enfant malgré l’immense déploiement de forces de l’ordre et les contrôles auxquels ils se plient. Peu après 20 heures, c’est le carnage. Un groupe de policiers républicains écrira le 31 octobre : « A l’une des extrémités du pont de Neuilly, des groupes de gardiens de la paix, à l’autre des CRS, opéraient la jonction. Tous les Algériens pris dans cet immense piège étaient assommés et précipités systématiquement dans la Seine. Il y en eu une bonne centaine à subir ce traînement. Les mêmes méthodes furent employées au Pont Saint-Michel. »

« Dans Libération du 18 octobre on peut lire : « Bientôt les cars de police sont pleins de victimes saignantes et gémissantes, des bras et des jambes d’hommes évanouis pendaient au fenêtres. (…) Devant le café La Source, un homme reste le nez dans le ruisseau. Il ne bouge plus. » Boulevard Bonne nouvelle c’est un chauffeur de car de police qui effrayé devant la foule qui arrive en face de lui tire sur les manifestants, aussitôt les policiers casqués, en gilet pare-balles accourent, tirent et c’est la panique… » » (Politis) Des photos prises alors montrent des amas de corps sur le boulevard et des témoins affirment avoir vu des cadavres…

En 2012, François Hollande, président de la République, rendant hommage aux victimes, a déclaré que « la République reconnaît avec lucidité » la répression « sanglante » de la manifestation du 17 octobre 1961.

Depuis nous attendons toujours l’ouverture des archives et que ce crime soit enfin reconnu. Que l’on puisse partout commémorer les victimes de ce triste jour.

 

 

 

Politis 19 septembre 1991 (extrait)

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